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Guide gratuit du storytelling online.



Quand je travaillais en entreprise, tout le monde était à la recherche de la dernière technique de digital marketing, du dernier hack glané sur un site obscur, pour augmenter le trafic et les ventes de différents sites.


De mon côté, je peaufinais le superpouvoir qui se tenait au bout de mes phalanges: l'écriture web. Comment ? En racontant des histoires.


Encore stagiaire, l'une de mes missions était d'exploser les visiteurs mensuels d'un agenda culturel horriblement ennuyeux.


Se contentant de réécrire en masse les événements régionaux, c'était déjà un miracle que ce site réussissent à attirer 150'000 visiteurs mensuels.


Pour mener ma mission à bien, j'ai utilisé la technique la plus vieille de l'humanité. J'ai raconté des histoires d'artistes, d'événements passés et d'anecdotes culturelles croustillantes.


Résultat ? 520'000 visiteurs après 7 mois seulement. Sans SEO, sans black hat, sans Google Display.


Vous me direz: tous les blogs de marketing chantent à tue-tête les louanges du storytelling. Rien de nouveau.


Mais qui vous montre concrètement comment faire pour rendre vos histoires (pro ou privées) plus passionnantes que "How Do I Get Away With Murder ?" (si vous n'avez pas encore vu cette série, vous manquez une masterclass de teasing et de curiosité.)


Personne.


Jusqu'à maintenant.


Dans ce guide, assez long, il est vrai, vous saurez comment raconter de bonnes histoires. Le genre d'histoires qui créent un lien de confiance immédiat (or, qu'est-ce qui tue le plus vos ventes que la défiance ?


Attention: comme vous le verrez, il ne suffit pas de raconter une histoire pour qu'elle soit bonne.


Loin de là.


Ce qu'il faut, c'est ajouter assez de détails scéniques, impliquer assez de sens, créer assez de métaphores pour que votre interlocuteur vive l'histoire sans même l'avoir vécue.


Raconter une histoire sans la rendre palpitante revient à lire un tableau périodique: un bon somnifère, mais vous ne vendrez pas plus grâce à elle.


Au contraire..


C'est pourquoi on verra les trois éléments essentiels à une bonne histoire dans le 1er chapitre.


Si vous êtes du genre à donner trop de détails et à perdre l'attention de vos collègues quand vous racontez votre week-end, le 2ème chapitre est fait pour vous ! J'y détaille la structure de vos histoires préférées.


Ensuite, on verra comment transformer un récit plat en un récit dramatique qui sortiront les yeux de vos interlocuteurs de leur orbite.


Enfin, on terminera par quelques petites astuces pour être certain que vos lecteurs ou interlocuteurs se mettent à votre place et vivent exactement les mêmes émotions que vous avez vécues.


A la fin de cet article fleuve mais unique en son genre (j'aurais pu le vendre sous forme d'ebook), vous deviendrez le Stephen King du biz.

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Chapitre premier | Les trois éléments indispensables pour créer une histoire à faire tomber les mâchoires au sol de stupéfaction


“On m’a demandé de faire un discours. Je vous signale tout de suite Mesdames et Messieurs que je vais parler pour ne rien dire.


Je sais...


Vous pensez: s’il n’a rien à dire, il ferait mieux de se taire.


C’est trop facile !


C’est trop facile… Vous voudriez que je fasse comme tous ceux qui n’ont rien à dire et qui le gardent pour eux ? Eh bien non Mesdames et Messieurs ! Moi, quand je n’ai rien à dire, je veux qu’on le sache.


Je veux en faire profiter les autres et si, vous-mêmes, Mesdames et Messieurs, vous n’avez rien à dire, et bien on en parle !


On en discute. Je ne suis pas ennemi du colloque.


Mais me direz-vous: si nous parlons pour ne rien dire, de quoi allons-nous parler ? Ben de rien !


De rien, car rien ce n’est pas rien. La preuve, c’est qu’on peut le soustraire.


Rien moins rien égale moins que rien.


Alors si on peut trouver moins que rien c’est que rien vaut déjà quelque chose.


On peut acheter quelque chose avec rien.


En le multipliant.


Bon… une fois rien, c’est rien. Deux fois rien, ce n’est pas beaucoup… D’accord. Mais trois fois rien… Pour trois fois rien on peut déjà acheter quelque chose.


Et pour pas cher !


Maintenant si vous multipliez trois fois rien par trois fois rien… Rien fois rien égal rien, trois fois trois égal neuf… ça fait rien de neuf !”


Raymond Devos.


Je commence le tout premier chapitre de cet article fleuve par cet extrait parce qu’on a souvent tendance à confondre sketch et histoire.


On considère les humoristes, et peut-être surtout les stand-uppers, comme d’excellents storytellers. Or, ça peut effectivement être le cas. Mais ça ne l’est pas forcément.


Souvent, il s’agit juste d’une idée étirée, considérée sous des angles inédits.


Mais pas d’une histoire. Qu’est-ce qui constitue alors une histoire ?


Une structure bien précise, peut-être. Mais je parle ici des éléments essentiels, ceux sans lesquels il n’y a aucune histoire possible.


Croyez-le ou non, si la structure est utile à la création d’histoires, elle n’est pas si nécessaire que ça. Parce que quand vous avez les trois éléments dont il est question ici, la structure se dessine toute seule.


Vous n’avez même pas besoin d’y penser.


Est-ce que vous connaissez l’histoire de Pierre et du fil d’or ?


Vivre le moment présent - l’histoire de Pierre et du fil d’or (notre histoire à tous)


"Pierre est un jeune garçon qui n’arrive pas à vivre dans le moment présent. Quand il est à l'école, il rêve de jouer dehors. Quand il joue dehors, il rêve de ses vacances d’été.


Pierre rêve constamment, sans jamais prendre le temps de savourer les moments spéciaux qui remplissent ses journées.


Un matin, Pierre se promène dans une forêt près de chez lui.


Fatigué, il décide de se reposer sur une parcelle d'herbe et finit par s’assoupir.


Après seulement quelques minutes de sommeil profond, il entend quelqu'un l'appeler par son nom.


« Pierre ! Pierre ! », une voix stridente lui vient d'en haut. Alors qu'il ouvre lentement les yeux, il constate qu’une femme au style étonnant se tient juste au-dessus de lui. Elle doit avoir plus de cent ans et ses cheveux blancs comme neige pendent bien au-dessous de ses épaules, comme une couverture de laine.


Dans la main ridée de cette femme se trouve une petite boule magique avec un trou en son centre et un long fil doré qui sort du trou.


« Pierre », dit-elle, « c'est le fil de ta vie. Si tu tires un peu sur le fil, une heure passera en quelques secondes. Si tu tires plus fort, des jours entiers passeront en quelques minutes. Et si tu tires de toutes tes forces, des mois - voire des années - passeront en quelques jours. »


Pierre, qui s’ennuie souvent, est très excité par cette nouvelle découverte.


« Oh c’est génial, est-ce que je peux le prendre ? » demande-t-il. La femme âgée lui tend la balle avec le fil magique.


Le lendemain, Pierre est assis en classe, agité et ennuyé, comme à son habitude. Soudain, il se souvient de son nouveau jouet. Il tire un peu du fil d’or et se retrouve rapidement à jouer dans son jardin.


Pierre réalise le pouvoir unique du fil magique, Lui qui s’ennuie constamment à l’école décide de devenir un adolescent. Il tire plus fort sur le fil d’or.


Très vite, il devient adolescent.


Il a une très jolie petite amie, nommée Elise.


Mais Pierre n’est toujours pas pleinement satisfait.


Il n’a jamais appris à profiter du moment présent et à explorer les merveilles toutes simples de chaque étape de sa vie.


Au lieu de cela, il rêve déjà d'être un adulte.


Une fois de plus, il tire fort sur le fil et de nombreuses années s’écoulent en un instant.


Il est maintenant un adulte de 35 ans.


Elise et lui sont mariés et vivent dans une maison avec 2 enfants. Il vit sa vie d’adulte d’abord avec plaisir, puis, encore une fois, avec ennui.


Il est fatigué de se lever très tôt tous les matins pour aller travailler afin d’assurer sa retraite. Il se dit que tant qu’à faire, autant aller directement à l’âge de la retraite.


Alors une fois de plus, il tire sur le fil magique et attend que les changements apparaissent.


Pierre se découvre dorénavant dans un corps âgé de 90 ans.


Ses épais cheveux foncés sont devenus blancs comme neige et sa belle jeune femme, Elise, est décédée quelques années auparavant.


Ses merveilleux enfants ont grandi et ont quitté la maison pour mener leur propre vie.


Pour la 1ère fois de sa vie, Pierre réalise qu'il n’a jamais pris le temps d'embrasser les merveilles de la vie.


Il n’est jamais allé à la pêche avec ses enfants et ne s’est jamais promené au clair de lune avec Elise.


Il n’a jamais planté des légumes dans un jardin ni lu ces merveilleux livres que sa mère aimait tant.


Au contraire, il s’est précipité dans la vie, ne se reposant jamais pour voir tout ce qui était bon en cours de route.


Quand Pierre arrive au bout de sa vie, il devient horriblement triste. Il décide d'aller dans la forêt où il avait l'habitude de se promener quand il était enfant pour se vider l'esprit et réchauffer son coeur.


Il se couche sur une petite parcelle d'herbe et tombe dans un profond sommeil.


Au bout d'une minute seulement, il entend quelqu'un l'appeler.


« Pierre ! Pierre !" s’écrie la voix.


Il lève les yeux avec étonnement et se retrouve face à la vieille femme qui lui avait donné la balle avec le fil d'or magique bien des années auparavant.


« As-tu apprécié mon cadeau spécial ? » demande-t-elle.


« Au début, c'était amusant, mais maintenant je déteste ça », répond Pierre sans détour.


« Toute ma vie s'est déroulée devant mes yeux sans que j'aie la chance d'en profiter ».


« Bien sûr, il y aurait eu des moments tristes aussi bien que de grands moments, mais je n'ai pas eu la chance de les vivre non plus. Je me sens vide à l'intérieur. Le don de la vie m'a manqué ».


« Tu es très ingrat » dit la vieille femme. "Mais je vais quand même te donner un dernier souhait. »


"J'aimerais redevenir un écolier et revivre ma vie", répond rapidement Pierre. Fatigué, il se rendort profondément.


De nouveau, il entend quelqu'un l'appeler et ouvre les yeux.


« Qui cela pourrait-il être cette fois-ci ? » se demande-t-il.


Quand il ouvre les yeux, il est absolument ravi de voir sa mère se tenir à son chevet.


Elle est jeune, en bonne santé et rayonnante.


Pierre réalise que l'étrange femme de la forêt a effectivement exaucé son souhait et qu'il est retourné à son ancienne vie.


« Dépêche-toi, Pierre. Tu dors trop. Tes rêves te mettront en retard à l'école si tu ne te lèves pas tout de suite. »


Inutile de préciser que Pierre s’est précipité hors du lit et n’a jamais été aussi heureux de retrouver ses copains de classe.


Il a continué à vivre une vie bien remplie, riche de nombreux délices, de joies et de célébrations.


Tout ce qui existe, c’est le moment présent."


Qu’est-ce qui fait de Pierre et le fil d’or une histoire et non pas un simple sketch ? Autrement dit, qu’est-ce que le récit de Pierre et du fil d’or a de plus que les jeux de mots de Raymond Devos ?


Un personnage humain (ou à caractère humain)


Souvent, les histoires comportent plusieurs humains évoluant à travers un groupe social. Mais on peut raconter une histoire avec un seul être humain.


Vous avez sûrement déjà vu et entendu des histoires d’animaux comme dans les contes, les fables ou encore des dessins animés comme enfants.


Si vous relisez une des histoires auxquelles vous pensez actuellement, vous remarquerez cependant que le personnage principal est doté de caractéristiques humaines.


C’est pourquoi, par exemple, le petit Franklin apprend à lacer ses chaussures.


Dans le règne purement animal, les tortues n’ont ni chaussures ni lacets.


Dans la fable du scorpion et de la grenouille, le premier demande au second de le transporter d’une rive à l’autre d’une rivière.


La grenouille, d’abord effrayée par le dard du scorpion, lui signifie son refus, sous prétexte que le scorpion va la piquer.


Le scorpion la rassure disant qu’il n’est pas fou. S’il la pique, ils mourraient alors tous les deux.


Rassurée et généreuse, la grenouille accepte de porter sur son dos le scorpion.


A mi-chemin, le scorpion enfonce son dard dans le corps de la grenouille. Choquée, elle lui demande qu’est-ce qui lui est passé par la tête pour faire une bêtise pareille. Ce à quoi le scorpion répond: “ce n’est pas de ma faute, c’est dans ma nature.”


Bien que la fable mette en scène deux animaux, on voit bien qu’elle a pour but de s’adresser à des humains. Pour ce faire, l’auteur prête aux personnages un système de pensée proche de l’humain.


Dit autrement, le comportement des deux animaux illustre, met en scène, exemplifie une morale humaine: certains comportements sont inévitables, indépendamment des conséquences.


Vous ne pouvez pas raconter l’histoire de vos cours de saxophone, mais uniquement comment vous (ou un autre personnage) suivez des cours de saxophone.


Eventuellement, avec une bonne dose d’imagination, vous pourriez raconter l’histoire d’un saxophone. Mais vous devriez faire comme si celui-ci était un humain.


On ne peut pas raconter l’histoire du marketing sans raconter l’histoire des marketeurs. On ne peut pas raconter l’histoire de France sans l’histoire des Français, on ne peut pas raconter l’histoire du football sans l’histoire des footballeurs, etc.


Bref, vous avez compris le topo: il vous faut un personnage.


Son histoire peut être racontée de trois angles différents, qu’on appelle points de vue narratifs.


a). Le point de vue omniscient, où le narrateur externe sait tout des personnages, de leurs envies et du contexte.


b). Le point de vue externe, où le narrateur est totalement neutre.


c). Le point de vue interne, où l’action est directement vue, vécue et racontée par le personnage principal.


Dans les deux premiers cas, le narrateur est externe et l’emploi de la 3ème personne est utilisé (il, elle, ils, elles).


Dans le dernier cas, le narrateur est interne et l’emploi de la 1ère personne est utilisé (je, nous).


En marketing, les deux peuvent être très puissants.


Voyons deux exemples qui ont fait l’histoire de la publicité.


“Cher lecteur,


Par une belle après-midi de fin de printemps, il y a vingt-cinq ans, deux jeunes hommes ont obtenu leur diplôme dans la même université. Ils se ressemblaient beaucoup ces deux jeunes hommes. Les deux avaient obtenus des résultats supérieurs à la moyenne des autres étudiants. Les deux étaient sympathiques et les deux - comme le sont les jeunes diplômés d’université - étaient remplis de rêves et d’ambition pour l’avenir.


Récemment, ces deux hommes sont retournés à l’université pour la vingt-cinquième réunion de classe.


Ils se ressemblaient encore beaucoup. Ils étaient tous deux mariés et heureux. Ils ont tous deux eu trois enfants. Et ils s’est avéré qu’ils ont les deux travaillé pour la même entreprise manufacturière du Midwest après avoir obtenu leur diplôme et qu’ils y travaillaient toujours.


Mais il y avait une différence. L’un des hommes était directeur d’un petit département de cette entreprise. L’autre… était son président.


Vous êtes-vous déjà demandé, comme moi, ce qui fait une telle différence dans la vie des gens ? Ce n’est pas toujours l’intelligence, le talent ou le dévouement. Ce n’est pas qu’une personne veuille réussir et l’autre non.


La différence réside dans ce que chacun connaît et dans la façon dont il ou elle utilise ces connaissances.


Et c’est pourquoi je vous écris, à vous et à des gens comme vous, au sujet du Wall Street Journal. Car c’est là toute la raison d’exister du Wall Street Journal: offrir à ses lecteurs des connaissances - des connaissances qu’ils peuvent utiliser dans leurs affaires.”


Wow ! Brillant, pas vrai ?


Avouez que ça change des abonnements à 1€ “parce que les journalistes/rédacteurs méritent d’être payés” ou de la redevance publique parce que “que serait un monde sans culture ?”


Cette lettre est l’une des lettres de vente les plus connues des copywriters et pour une excellente raison, puisque, d’après le journal américain lui-même, elle est responsable de deux milliards de chiffre d’affaires.


Re-wow !


La meilleure lettre de vente de l’histoire a été écrite par le moins connu des copywriters, un type répondant au nom de Martin Conroy.


Elle a été utilisée comme offre d’abonnement durant plus de vingt ans.


La puissance des histoires....


Celle-ci est racontée d’un point de vue omniscient par un narrateur externe.


Voyons maintenant une publicité célèbre racontée d’un point de vue interne… par un narrateur interne.

“Ils se sont moqués de moi quand je me suis assis au piano... Mais quand j'ai commencé à jouer !


Arthur venait de jouer "Le Rosaire". La salle résonnait d’applaudissements. J'ai décidé que ce serait le moment idéal pour faire mes débuts. À la stupéfaction de tous mes amis, je me suis dirigé avec confiance vers le piano et me suis assis.


"Jack nous refait ses blagues", quelqu'un a gloussé. La foule s'est mise à rire. Ils étaient tous convaincus que je ne pouvais pas jouer une seule note.


"Il sait vraiment jouer ?" J'ai entendu une fille murmurer à Arthur.


"Ciel, non !" Arthur s'est exclamé. "Il n'a jamais joué une seule note de toute sa vie... Mais il suffit de le regarder, ça va être bien."


J'ai décidé de tirer le meilleur parti de la situation. D’un air dramatique, j'ai sorti un mouchoir en soie et j'ai légèrement dépoussiéré les touches du piano. Puis je me suis levé et j'ai j’ai tourné le tabouret rotatif d’un quart de tour, comme j'avais vu un imitateur de Paderewski dans un vaudeville le faire.


"Que pensez-vous de son exécution ?" m'a demandé une voix de derrière.


"C’est appréciable !" me répondit la foule, qui se mit à rire.


Puis j'ai commencé à jouer.


Aussitôt, un silence tendu s'est abattu sur les invités. Le rire est mort sur leurs lèvres comme par magie, j'ai joué les premières mesures de l'immortelle "Sonate au clair de lune" de Beethoven. J'ai entendu des halètements d'étonnement. Mon ami s'est assis, essoufflé - envoûté !”


Le récit se poursuit jusqu’à la fin de la démonstration, puis le narrateur explique au lecteur comment il a appris à jouer si rapidement et si bien au piano.


Vous trouverez facilement la publicité originale sur Google en tapant son titre.


Elle est l’oeuvre du fameux John Caples, copywriter de génie et storyteller de légende.


On imagine facilement la scène et on ressent toutes les émotions qui ont traversé Jack.


Et même si on ne s’intéresse pas au piano ! On a déjà toutes et tous vécu un moment semblable. Mais on aurait voulu être plus comme Jack.


Plus directif.


Plus confiant.


Plus admiré.


On connaît toutes et tous quelqu’un qui déteste les pubs. Mais qui pourrait bien détester une bonne histoire ? Personne !


Un fil rouge émotionnel


Sans personnage, le lecteur ou l’interlocuteur ne peut pas ressentir de la compassion, de l’empathie ou même, pourquoi pas, de la détestation.


S’il n’y a pas d’histoires sans émotion, les meilleures histoires ont un fil rouge émotionnel.


On doit comprendre que cette histoire est importante pour celui qui l’a vécue. Qu’elle implique une tension constante, un changement, une transformation.


Les histoires les plus inspirantes comportent toujours une transformation finale.


Quelle est la source de cette tension émotionnelle ?


Est-ce que c’est l’inconnu ? Par exemple, le héros est confronté à une situation inattendue et incontrôlable, dans l’attente d’un destin mystérieux.


Est-ce qu’il y a quelque chose à gagner ? Le héros a un objectif et il nous embarque à travers ses aventures.


Est-ce qu’il y a, au contraire, quelque chose à perdre ? Dans ce cas, on se demande si le héros va réussir à défendre ce qui lui est précieux.


Est-ce que vous connaissez l’histoire de l’éléphant et de la cordelette ?


Un homme passe à côté d’un cirque et voit des éléphants immobiles, mais qui ne sont ni en cage, ni retenus par des chaînes.


Tout ce qui les empêche de s'échapper de ce camp, c’est une cordelette toute fine attachée à une seule de leurs pattes.


L’homme ne comprend pas pourquoi ces animaux de 5 tonnes n’utilisent pas leur force pour briser la cordelette et s’échapper du cirque.


Les éléphants sont si puissants qu’un seul mouvement suffirait à les libérer.


Curieux et désireux de connaître la réponse, l’homme capte l’attention d’un dresseur et lui demande pourquoi les éléphants restent immobiles, comme impuissants, sans jamais tenter de s’échapper.


Le dresseur esquisse un regard satisfait et lui dit:


« quand ils sont très jeunes et beaucoup plus petits, on utilise une corde de la même taille pour les attacher et, à cet âge, c'est suffisant pour les tenir. En grandissant, ils sont conditionnés à croire qu'ils ne peuvent pas s'échapper. Ils croient que la corde peut encore les tenir, donc ils n'essaient jamais de se libérer".


Ici, on se demande pourquoi ces animaux puissants ne défoncent pas cette petite corde qui les tient prisonniers…


On se demande comment c’est possible.


Et à la fin, non seulement on comprend, mais il y a quelque chose qui se passe en nous. Un changement de point de vue.


Mais s’il y a cette transformation, c’est parce que le narrateur a réussi à faire monter la tension, en appuyant là où il le fallait. En montrant bien que l’éléphant aurait pu se libérer. Mais en montrant également combien le dresseur est satisfait de pouvoir soumettre la bête.


Quelque part, ça nous révolte.


Quand vous identifiez le point de tension de votre histoire, maximisez-le, pour bien faire comprendre à votre audience combien le drame vous habitait à ce moment-là.


Imaginons deux histoires…


Fabienne raconte à ses amies que l’autre jour une guêpe l’a piquée dans la bouche. Elle n’arrivait plus à respirer et a dû conduire elle-même jusqu’aux urgences les plus proches en apnée.


Le médecin lui a révélé qu’à dix minutes près, elle pouvait perdre la vie.


Damien, quant à lui, raconte à ses potes la fois où il a reçu sa première Playstation. Tous ses amis en avaient une. Lui, il passait ses soirées à regarder par la fenêtre des étoiles cachées sous un ciel brumeux. Il était seul, parce que ses parents ne voulaient pas qu’il joue aux jeux vidéo.


Objectivement, il y a une histoire plus dramatique que l’autre.


Subjectivement, on imagine Damien à 10 ans, seul, abandonné par ses amis.


A 10 ans, c’est un drame absolu que d’être rejeté par ses amis.


Identifier un fil rouge émotionnel et maximiser le point de tension de votre histoire permet de raconter n’importe quel pan de votre vie et de le transformer en un récit à couper le souffle.


Un début et une fin


Cette partie est plus simple à comprendre. Il n’y a pas d’histoire sans un début et une fin. Il n’y a pas de transformation possible sans un début ou une fin.


On verra dans la partie trois tout ce qu’il y a entre les deux. Mais c’est important, à ce stade, de préciser que le personnage va d’un point A à un point B.


A l’instant où il le vit, sûrement qu’il ne sait même pas quel est vraiment le début et quelle est la fin de son histoire.


C’est au narrateur de le décider a posteriori.


Le moment est vécu par le personnage principal, mais l’histoire est créée par le narrateur.


Comment déterminer le début et la fin d’un récit ?


Il s’agit d’identifier là où commence le fil rouge émotionnel et là où il se termine.


Prenons l’exemple de l’histoire de l’homme et du papillon.


Un jour, un homme trouve le cocon d'un papillon.


L’animal semble avoir du mal à quitter son cocon. Il y a une petite fente mais le papillon lutte de toutes ses forces pour que son corps pourtant déjà frêle sorte du trou.


Après plusieurs heures d’observation, l’homme constate que le papillon a cessé de progresser. Il est coincé dans son cocon.


L’homme décide d’aider le papillon.


Il agrippe une paire de ciseaux et ouvre le cocon. Le papillon sort facilement.


Le problème, c’est que son corps est encore enfle et ses ailes petites et ratatinées. L’homme se dit que ce n’est pas grave, les ailes grandiront au fil des heures.


Après quelques jours, les ailes sont toujours aussi petites et le papillon n’arrive pas à voler.


D’ailleurs, le papillon ne parviendra jamais à voler de ses propres ailes. Elles ne se développeront jamais.


Malgré sa gentillesse, l’homme n’a pas compris que si le cocon était aussi solide, c’est parce qu’il représentait une lutte nécessaire au papillon pour affronter la vie.


J’aurais pu commencer cette histoire à la naissance de l’homme. Et pourquoi pas à la naissance de son père. Mais ça n’aurait servi à rien, parce que la tension émotionnelle débute lorsqu’il trouve le cocon.


De même, j’aurais pu terminer l’histoire par la mort du papillon. Mais ça n’aurait servi à rien, encore une fois, puisque la tension émotionnelle s’est résolue quand le lecteur a compris que ses ailes ne grandiront jamais.


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Chapitre deuxième | La structure d’une histoire


Bon, je dois vous avouer que j’ai longuement hésité à inclure cette partie.


Pourquoi ?


Parce que je ne suis pas Quentin Tarantino, Stephen King ou encore l’un des frères Cohen. Et je ne crois pas que vous soyez l’une de ces personnes non plus.


Vous et moi, on est juste des personnes qui aimons raconter des histoires et on aimerait simplement mieux les raconter.


Peut-être pour vendre plus… Ou pour s’amuser, tout simplement.


Avec ce guide, je n’ai qu’un objectif: vous libérer de cette impression que raconter une histoire passionnante est difficile.


Quand vous connaissez les notions de personnage et de fil rouge émotionnel, ça suffit largement pour transformer votre business. Ou même juste vos soirées entre amis.


Du moment où vous racontez une histoire qui vous tient à coeur, la structure se met en place de manière inconsciente.


Il faut vraiment que vous compreniez un truc: raconter des histoires, c’est ce qui différencie l’homme de l’animal. Tout le monde en racontait déjà avant que quelqu’un ne commence à théoriser leur structure.


Des civilisations entières ont été bâties autour des histoires. C’est la méthode originelle pour transmettre le savoir.


Dans les tribus amérindiennes, on donnait le pouvoir à celui qui maîtrisait la parole.


Il n’y a que les enfants de l’Oncle Sam qui croient que les Amérindiens se résument à des guerriers scalpeurs de crânes blancs, style Géronimo sous stéroïdes.


En réalité, les tribus amérindiennes détestaient les affrontements.


Celui à qui on conférait le pouvoir était celui qui racontait les meilleures histoires, pas celui qui voulait tuer tous ses ennemis.


D’ailleurs, l’une des citations amérindiennes les plus connues est celle-ci: “celui qui raconte des histoires domine le monde.”


Et c’est partout pareil de tous temps.


L’auteur Shane Snow a demandé aux membres de sa communauté à qui ils accorderaient le plus facilement leur confiance: à la reine Elizabeth ou à J.K. Rowling ? A La femme qui a passé une vie à diriger tout un pays ou à celle qui a écrit les histoires d’Harry Potter ? Sur un peu plus de trois mille votes, quasi tous étaient en faveur de J.K. Rowling.


Platon disait que celui qui raconte des histoires domine la société. Il était légèrement plus mesuré que les Amérindiens… Mais tout aussi convaincu de la puissance des histoires.


D’ailleurs, Aristote a été l’un des premiers philosophes connus à théoriser la structure d’une histoire, dans son ouvrage “La Poétique”.


D’après lui, un récit a un début, un milieu et une fin.


Un contexte, une confrontation et une résolution.