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Peut-on être visionnaire sans devenir c*n (et manager sans devenir ch*ant) ?



A force d'écrire des histoires de business, j'ai remarqué qu'il existe deux archétypes d’entrepreneurs. D’un côté, les visionnaires c*ns. De l’autre, les managers ch*ants.


Le visionnaire con marque l’histoire.


D’abord en bien, puis en mauvais.


Noah Glass a été viré de l’entreprise qu’il a fondée, Twitter, et a été jeté aux oubliettes. Même chose pour Adam Neumann: viré de WeWork, il est devenu la risée de toute la Silicon Valley. Demandez à ceux qui ont travaillé avec Steve Jobs ce qu’ils pensent du bonhomme… Kevin Systrom pensait réaliser un rêve en fondant Instagram ; à la place il a nourri un monstre, qui mange dans la même gamelle que le plus dangereux des visionnaires: Mark Zuckerberg.


J’arrête là mais je pourrais continuer à l’infini.


Vous aussi, vous connaissez sans doute un visionnaire qui a commencé par vous inspirer… avant de vous exaspérer.


Au début, il tenait quelque chose.


C’était le seul à croire à une idée et à force de sacrifices, d’une foi inébranlable et, vous vous en êtes aperçu plus tard, d’une chance inouïe, elle s’est matérialisée. Et l’a possiblement rendu riche.


Mais maintenant ? Qu’est-ce qu’il est c*n ! Dépassé, il vit dans une autre réalité. Il est désormais à côté de la plaque mais toujours certain d’être visionnaire.


Le manager ch*ant marque le temps (parce qu'on s'ennuie.)


Le manager ch*ant… bon, lui on ne connaît pas son nom parce qu’il n’inspire personne.


En général, il vient après le visionnaire c*n pour réparer ses conneries. C’est celui qui remplace le bon café par des grains cheap, le budget sorties hebdos par un pic-nic annuel et qui crie sur les accounts managers quand ils gagnent un gros client mais que le repas au resto a coûté trop cher.


L’entreprise sort juste juste la tête de l’eau mais bon dieu que l’ambiance est ch*ante !


Cette dualité, est-ce que c’est vraiment une fatalité de l’entrepreneuriat ?


J’ai longtemps cherché la réponse et je crois l’avoir trouvée en lisant les aventures de Don Quichotte. Je vais brièvement résumer l’oeuvre de Cervantès parce que je suis certain que vous ne l’avez pas lue.


Comment je sais ?


Parce qu’un best-seller c’est un livre que tout le monde connaît mais que personne n’a lu.


La preuve avec l’utilisation du mot Don Quichotte ou, pire, de l’adjectif don quichotesque, dans le langage courant: il désigne quelqu’un de rêveur, de passionné alors que dans le roman de Cervantès, c’est juste un mec stupide navigant en plein déni de réalité.


Don Quichotte est un homme épris de littérature chevaleresque. Il a lu tellement de livres qu’il en a perdu l’esprit et est certain d’être un chevalier errant. Ses discours sont grandioses et inspirent son contraire, Sancho Panza, un paysan simplet qui se déplace à dos d’âne. Les deux partent à l’aventure.


Don Quichotte est guidé par ses visions, sa carte mentale, alors que Sancho Panza l’est par ce qui s’impose à lui, le territoire.


Mais comme l’idéal prime la réalité, les aventures sont dictées par les visions de Don Quichotte. Ainsi, ils vont affronter des géants, qui sont en réalité des moulins à vent. L’épée de Don Quichotte a beau battre contre la pierre, le chevalier errant reste persuadé que ce sont des géants qui lui ont donné une rouste mémorable - malgré les multiples avertissements sensés de Sancho Panza.


Le quiproquo se répète sur des centaines et des centaines de pages, décliné en différents scénarios: ici des armées en bataille qui se révèlent être des troupeaux de moutons, là une princesse dans un château qui se révèle être une fille de joie dans un lupanar.


Rêve ou réalité ?


Cervantès ridiculise Don Quichotte mais la pop culture, tout comme Sancho Panza malgré tous ses déboires, parvient encore à l’ériger en exemple. C’est que c’est quand même inspirant, quelqu’un qui croit fermement en quelque chose.


Alors que Sancho Panza, le pauvre, ne fait rêver personne. C’est que c’est quand même sacrément chiant, quelqu’un qui est toujours au ras des pâquerettes.


C*nclusion.


Tout ça pour dire que si vous avez l’âme d’un entrepreneur, d’un créateur ou d’un artiste, vous êtes au moins un peu visionnaire mais courez le risque de devenir c*n.


Dans ce cas, vous devriez vous poser la question, au moins chaque soir avant de vous coucher: est-ce que les géants qui sont dans votre tête ne sont pas, en réalité, des moulins à vent ?


Au contraire, si vous avez l’âme d’un manager ou d’un comptable, si vous ne voyez que des moulins à vent, demandez-vous où sont les géants ? Ce serait peut-être une bonne idée d’aller à leur rencontre…


Si vous n’êtes pas sûr, lisez Cervantès.


On sera deux.