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Bullshit copywriting.




* Le téléphone sonne *


L: Oui allô ?


M: Ciao Loris, c’est Michelina, ta tante que t'appelles jamais. J’ai une faveur à te demander.


L: Dis-moi tout.


M: On a lancé une nouvelle forme de pâtes sur le marché. Il me faudrait un petit texte pour faire de la pub. Comme c’est ton métier, je me suis dit que tu pouvais me rendre ce service.


L: Oui bien sûr. Mais…. Il me faut plus d’infos.


M: C’est un paquet de pâtes et faut trouver un moyen pour dire qu’elles sont bonnes, surtout avec les sauces à la tomate.


L: C’est pas si simple, tu comprends. Je peux pas écrire comme ça, je dois mener des recherches.


M: Des recherches ?


L; Exact, c’est pour quel format ?


M: Je sais pas, ce que tu veux. Facebook, paraît que c’est bien pour la pub. Et dans le journal aussi. Et sur notre site.


L: Ok, mais c’est quoi le tone of voice de ta marque ?


M: Le quoi ?


L: Le tone of voice, la personnalité quoi.


M: La personnalité de la marque ? C’est moi la marque. De quoi tu parles ?


L: Alors ta personnalité à toi, c’est quoi ?


M: Ma tête est plus dure que la planche en bois sur laquelle j’étire la pâte, ton oncle ne me supporte plus et les employés m’évitent. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?


L: Rien laisse tomber. Mais j’ai besoin d’en savoir plus sur ta cible, ton avatar.


M: Ma cible ? Je ne veux tuer personne, juste faire ma pub.


L: La cible, la personne à qui tu aimerais vendre quoi.


M: Pourquoi tu parles de cible et pas d’humain ?


L: C’est… tu peux pas comprendre. Faut que je sache à quoi ressemble ton client idéal, c’est pour ça.


M: Y a pas un client qui ressemble à un autre.


L: Mais si, forcément. Pour que mon texte soit impactant, il faut que je connaisse comment elle s’habille, cette personne. Son âge. Et même ce qui l’empêche de dormir la nuit.


M: Mais qui ne dort pas la nuit ? Dis-lui que si elle dort pas la nuit, une plâtrée de pâtes et du vin rouge ça guérit toutes les insomnies.


L: Non mais quels sont ses rêves ?


M: Loris, je veux juste une accroche pour un paquet de pâtes.


L: Tu ne connais donc pas ses ambitions ? Ses frustrations ? Je sais pas moi, elle habite en ville ou en campagne ?


M: Mais qui ? Et qu’est-ce que ça peut me foutre où elle habite ! Chacun habite où il veut non ? Je veux juste dire aux personnes qui aiment les pâtes qu’un nouveau format existe.


L: Non mais un produit répond à un problème, à une frustration profonde.


M: Pourquoi tout le monde doit forcément être frustré pour acheter quelque chose ?


L: Il faut qu’on fasse vivre une expérience aux clients. Aller le chercher là où il est pour le mener jusqu’à nous.


M: Ecoute Loris, merci mais je vais demander à ta cousine, elle a eu des bonnes notes à l’école et je crois qu’elle fait des études de Lettres. Elle pourra sans doute m’écrire une pub.


* Fin de l’appel *