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Rudy Kurniawan: l'histoire folle de l'escroc aux grands crus.

10 ans de prison et 28,5 millions de $ à rembourser, c’est la condamnation essuyée par l’escroc aux grands crus, Rudy Kurniawan. Retour sur l’histoire dingue d’un génie incompris qui a trompé des collectionneurs milliardaires et les plus grands spécialistes du vin.


De Rudy, on ne sait quasiment rien, à part qu’il est doté de l’un des palais les plus fins du monde et d’une mémoire au-dessus de la moyenne. Il peut reconnaître n’importe quel vin et a décidé d’utiliser son talent pour imiter des grands crus en mélangeant des vins peu chers.


Le récit débute en l’an 2000, à Los Angeles.


Rudy a 24 ans et se rend dans une boutique de vin, une bouteille à la main. Un cabernet de 1998 qu’il aimerait revendre. Curieux, il pose beaucoup de questions sur les grands vins et se lie d’amitié avec le propriétaire des lieux.


Le propriétaire fait partie d’un groupe comptant les 12 meilleurs dégustateurs de la Californie, spécialisés dans le Bourgogne. Ils se font appeler “Les salopes de Bourgogne” et convient Rudy à les rejoindre.


Malgré son absence de formation oenologique, Rudy impressionne par sa capacité à déguster et se remémorer les vins.


Il commence à acheter beaucoup de grands crus pour perfectionner son palais.



Personne ne sait d’où vient son argent.


Il dit aux uns qu’il vient d’une famille qui a fait fortune dans le commerce en Indonésie et aux autres que c’est un réfugié politique. Tant qu’il apporte du bon vin, personne ne se formalise.


Il se fait un nom en écrasant toute concurrence durant les ventes aux enchères auxquelles il participe. Et rencontre un commissaire-priseur, par ailleurs à la tête d’une grande maison d’enchères, qui va changer son destin: John Kapon.

Kapon est de New York et invite Rudy à l’y rejoindre, pour intégrer un autre club, “Les 12 hommes en colère”.


Il regroupe des jeunes milliardaires s’offrant les meilleures bouteilles lors de soirées où l’addition se compte en centaines de milliers d’€.


Rudy se fait aussi un nom en postant ses exploits sur le forum de Robert Parker. Doté d’une belle plume (preuve de l’importance de savoir bien écrire), il est lu et admiré par des spécialistes de premier plan.


Fasciné par ces jeunes riches, il rêve de devenir comme eux.


Il les imite, les copie, les régale en apportant à chaque repas des bouteilles de plus en plus rares, de plus en plus chères. Elles sont le fruit de ses propres préparations mais ça passe inaperçu.

En 2006, fort d’une cave exceptionnelle - dont des Romanée-Conti des années 40 et 50 - et de l’assurance que ses faux vins ressemblent aux vrais, il contacte John pour organiser deux ventes aux enchères.


A coup de goulot et de culot, Rudy empoche plus de 35 millions de $.


Ces vins sont tellement rares que le gérant du domaine assure n’avoir jamais vu de sa vie un Romanée-Conti de 1945. Sur les 600 bouteilles produites, il n’en resterait qu’une ou deux dans le monde.


Rudy en avait des dizaines.


Il organise une nouvelle vente aux enchères en annonçant certains des vins les plus prestigieux, dont beaucoup de Clos-Saint-Denis, de Laurent Ponsot.


Un spécialiste prévient le vigneron français, qui s’aperçoit d’une erreur grossière…


Une de ses bouteilles, datées de 1945, est mise aux enchères alors que l’appellation n’a été créée qu’en 1982. Laurent Ponsot saute dans le 1er avion et fait annuler la vente. La réputation de Rudy est ternie.


Mais il faudrait encore 2 ans de recherches privées et de collaborations avec le FBI, qui entre-temps s’est mis à enquêter sur Rudy, avant de pouvoir perquisitionner sa maison. Ce qui arrive en 2013.


Et là…


Ce que trouve le FBI est hallucinant.


Un sol jonché de bouteilles vides, des livres de recettes écrites à la main et dignes d’un chef trois fois étoilé, des systèmes de notation complexes et des dizaines de milliers de fausses étiquettes.

L’un des plus grands experts du vin et des fraudes dans le milieu n’en revient pas des techniques utilisées par Rudy. Pour reconnaître les fausses étiquettes, il mettait des heures à les analyser au microscope.


Elles étaient imprimées sur papier ancien puis passées au four.


Les vins servant à imiter les grands crus provenaient du supermarché.


Par exemple, il arrivait à reproduire un Romanée-Conti valant des milliers d’€ avec des jeunes pinot gris de la Napa Valley. Tout ça depuis son atelier improvisé dans sa chambre.


En 2013 a eu lieu le procès opposant Rudy Kurniawa aux Etats-Unis.


Rien que ça. Il a pris 10 ans de prison et a dû rembourser 7 personnes à hauteur de 28,5 millions de $. Il est sorti en avril 2021 et réside aujourd’hui en Indonésie.

Normalement, les billets d’extradition sont offerts. Rudy a tenu à payer le sien de sa poche, parce qu’il voulait voyager en première classe.


Bref, ne faites pas comme Rudy, ne gâchez pas votre talent dans des activités illégales.

(Même si je dois dire que perso, je comprends que les victimes se sentent lésées, mais je les trouve insensibles, notamment Laurent Ponsot, à tant de génie.)